Livres

Le temps suspendu, les Archives nationales par Patrick Tournebœuf

null

Un titre bien trouvé qui me fait immanquablement penser au Lac de Lamartine

(…)

” Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours !

(…)

C’est bien de cela dont il est question dans ce monde si mystérieux des Archives nationales. Patrick Tournebœuf a pu rentrer dans cet antre et nous faire découvrir avec lui l’univers qu’il recèle, les trésors cachés dans ces galeries que l’on entr’aperçoit, toute cette histoire, la notre, la votre qui est écrite entre ces murs.

Un livre qui parle au coeur et à l’âme de chacun de nous, qui vous laisse vous immerger dans ce monde de papier et d’histoire.

Pierre Nora, célèbre historien indique : “Les Archives nationales, un vaste quadrilatère de 3 hectares, en plein cœur du Marais. Au-delà des espaces extérieurs et des salles communément visitées, à quoi ressemblent ces lieux magiques que sont les Archives nationales ? Nous sommes dans un univers clos au cœur d’une grande ville. Un monde de mystères, de rites et de codes. Regard posé, curieux et témoin : les images naissent de manière systématique, là où la trace du vivant côtoie l’aspect figé et esthétique du patrimoine”.

Le livre, qui date maintenant de 2006 mais qui est toujours disponible aux éditions Filigranes

Retrouvez plus d’informations sur le site des Archives nationales ou encore des Archives de France

Souvenirs de Cadillac de Joerg Huber

null

Une visite qui peut changer votre vision d’un lieu, c’est un peu ce qui s’est passé avec Joerg Huber lorsqu’il a découvert le château de Cadillac, lieu d’enfermement, prison de femmes.

Le projet et le livre sont nés de ce constat et de cet état des choses qui va de pair avec le lieu.

Retrouvez donc à la fois un livre de photos sous la forme de diptyques permettant de mettre en perspective un message laissé par ces femmes et une image, photographie explorant les arcanes du subconscient, de la situation, témoignage de part les textes de l’enfer que subissaient mentalement ces femmes.

Retour également sur un épisode qui a défrayé la chronique en son temps, le cas des soeurs Papin qui est ici revisité et ré-expliqué loin de toutes polémiques, cela éclaire et met en perspective.

On lira également avec grand intérêt les textes provenant de nombreux contributeurs et notamment celui de Joseph Hanimann dont j’ai extrait quelques lignes :

“Les objets évoqués dans les salles du château de Cadillac peuvent être vus comme pris dans un tissu de fils d’Ariane, dans une toile de souvenirs de l’ancienne Maison centrale de force et de correction. Ils apparaissent alors comme des tentatives de chercher la sortie; une sortie qui ne donnerait pas sur un ailleurs extérieur, normal et sain, mais qui serait déplacement permanent de lanormalité dans un infini inversé. Par ce geste, ces objets racontent aussi la longue histoire de la folie, individuelle autant que collective, sur la frontière entre raison et déraison.

Cette frontière suivait les méandres des fleuves et rivières à l’époque où ce château fut construit. Michel Foucault a montré dans son Histoire de la folie à l’âge classique, comment l’exclusion par l’enfermement, pratiquée aujourd’hui, était exclusion réelle entre le Moyen Age et la Renaissance. par une peur de la contagion héritée des grandes épidémies, on éloignait les fous et les originaux des villes. Au lieu de se regrouper dans des asiles, ils erraient au loin, embarqués dans des “Narrenschiffe”, nefs des fous et bateaux ivres filant le long des fleuves et canaux de la Rhénanie et des Flandres notamment. Cette navigation sur l’eau, supposée purificatrice, nous est connue à travers les oeuvres de Sebastian Brandt ou de Jérôme Bosch.

Foucault y relevait un aspect qui nous intéresse particulièrement ici : c’est l’oscillation entre partage rigoureux (raison/déraison) et passage absolu. Ces errants dérivant sur leur folle nacelle symbolisent le départ vers l’autre monde et portent l’altérité ou l’aliénation en eux. Ils reflètent, écritFoucault, dans une géographie mi-réelle, mi-imaginaire, le privilège du fou d’être enfermé aux portes de la ville : “son exclusion doit l’enclore ; s’il ne peut et ne doit avir d’autre prison que le seuil lui-même, on le retient sur le lieu du passage. Il est mis à l’intérieur de l’extérieur, et inversement. Posture hautement symbolique, qui restera sans doute la sienne jusqu’à nos jours, si on veut bien admettre que ce qui fut jadis forteresse visible de l’ordre est devenu maintenant château de notre conscience”. Pour la sortie, suivez les panneaux lumineux”.

Voilà, une découverte intéressante en tout cas.

Et puis pour ceux qui veulent connaître davantage le Château de Cadillac, allez y faire un tour …

Toujours aux éditions Filigranes

AO BA de Bertrand Desprez

null

Une acquisition récente chez Filigranes que cet Ao Ba, “un album dédié à l’Ao ba ou feuille bleue, joli nom donné dans l’archipel nippon à une simple bâche, carré de plastique fabriqué en série qui dans ce pays au climat incertain remplit de multiples offices”. Parcours initiatiques sil en est autour de cette fameuse feuille bleue que l’on découvre dans ses usages multiples et variées au Japon; l’idée semble saugrenue et à la fois assez géniale, j’opte pour la seconde vision, celle d’un monde bleu où la bâche acquiert toute son importance et bientôt deviendra un objet culte…

Retrouvez dans les endroits les plus banals, insolites cette feuille de plastique AO BA avec quelques photographies assez sublimes, pas toutes mais évidemment ici c’est l’idée qui soutient le projet. C’est un peu du Christo dans un sens… cela en rappelle les contours du moins…

null

Cela vaut la peine avec notamment le texte introductif de Claire Dé qui avec une verve et une sensibilité particulière se jette littéralement dans le bleu, dans cette couleur fascinante, intrigante….

null

Une très belle édition en tout cas que celle d’AO BO

Vous pouvez retrouvez le travail de Bertrand Desprez sur le site de l’Agence VU ou encore sur Revue.com

Filigranes Editions, la photographie à l’honneur

null

Allez faire un tour à l’Hôtel Durey de Sauroy, juste à côté du marché des enfants rouges, les Editions Filigranes sont là qui exposent leur collection de livres photographiques., livres d’artistes.

L’endroit est assez superbe et c’est l’occasion de (re)découvrir quelques uns de vos artistes préférés, emblématiques tel Gilbert Garcin, Michael Ackerman, Philippe Bazin, Katharina Bosse, Thomas Cuisset, Sarah Moon, Laurent Millet, Bernard Plossu et bien d’autres encore.

Les prix des livres sont très abordables avec quelques surprises également dans le bon sens du terme et donc la possibilité de faire quelques affaires et d’acquérir de beaux livres.

C’est aussi des conférences, rencontres avec des artistes comme Philippe Bazin et Christiane Vollaire ce soir à 18h30 sur le thème et du livre la radicalisation du monde, ou encore Interloperies avec Laurent Sfar Vendredi 11 à 18 h 30 qui sera suivi de plusieurs projections de vidéos

Bonnassez parlé, à vous d’y aller faire un tour…

Filigranes Paris
22 rue du Faubourg-du-Temple -boîte aux lettres 31
75011 Paris
Tél : 01 43 42 48 15

E-mail : filigranes@filigranes.com

Détails obscurs de Roger Lemoyne


Un petit cadeau qui est arrivé à point nommé, un portrait photographie intitulé Détails Obscurs de Roger Lemoyne, un photographe canadien qui donne une vision un peu différente des conflits armés dans le sens ou son regard se pose sur les principales victimes de ces conflits modernes, actuels, les civils. les laissés pour compte dont la vie a été bouleversé, changé, détruite et qui doivent le plus souvent se reconstruire intérieurement si cela s’avère possible… les traumatismes vécus lors des conflits que cela soit pour les adultes et plus encore pour les enfants marquent à vie.

Le livre de portraits photographiques qui s’étale de 1995 à 2003 est là pour nous indiquer à travers différents conflits que le photographe a couvert que le monde d’aujourd’hui a radicalement changé et que la guerre s’est déplacé sur les populations civiles sans que les grandes organisations onusiennes, nationales, régionales puissent faire vraiment quelque chose pour endiguer la folie des hommes qui est bien souvent sans limites….

Les enfants sont exposés au premier titre comme on peut le voir sur certaines photos où à vélo un enfant porte une kalachnikov tout en essayant d’enlever la boue de ses bottes, un autre absorbe la détresse de sa mère penché sur son frère mort, une femme pleure son fils tués par une balle perdue… autant de situation illustrant la difficulté de ces populations, de ces hommes devant un état de guerre non voulu, non désiré mais auquel il faut faire face. l’exode est souvent au rendez-vous comme on peut le voir avec ces chariots humains, ces populations déplacés… La mort rode tel ce squelette perdu dans la montagne dont le crane surgit de la première neige. Dans ce fatras, tel les deux photos en illustration, une équipe d’homme mutilé jouent au football alors qu’un enfant fait du trapèze dans un décor surréaliste…

de très belles photos et des textes qui invitent à comprendre, à vouloir aller plus loin, une analyse de certaines photographies et le parcours de RogerLemoyne tout en humilité et en délicatesse. Un très beau livre que je vous conseille vivement

“Des êtres trahis par un monde ayant les ressources, les idéaux et les structures internationales pour les protéger et pour assurer le respect de leurs droits. Le conflit est-il une part inévitable de ce monde?”

On peut lire sur un site un témoignage qui reprend en partie certains éléments du livre : “À voir ces photographies, parfois terribles, on en vient à se demander comment il se fait, qu’au XXIe siècle, de tels actes de barbarie soient encore possibles. Blâmer les seuls habitants des pays touchés relève de la facilité. RogerGraham souligne avec justesse que « les intellectuels parlent la langue des statistiques » et que « [leurs] calculs froids effectuent un ‘tri’ social, désignant ceux que l’on secourra et ceux qu’on abandonnera ». Il cite le généralDallaire affirmant avoir reçu, pendant le génocide au Rwanda, un appel d’un haut fonctionnaire américain déclarant qu’il faudrait la mort d’au moins 85 000 Rwandais pour justifier de risquer la vie d’un seul soldat américain.

Mais, pour être juste, il n’y a pas que les Américains en cause, puisque personne n’a voulu intervenir, ou si peu, au Rwanda. Ni au Congo d’ailleurs, où les victimes de la guerre qui perdure se chiffrent par millions. Quoi qu’il en soit, les photos prises par RogerLemoyne sont là pour nous rappeler que le barbare est là, tapi au fond de chacun de nous, et qu’il faut parfois bien peu de choses pour le réveiller”.

Retrouvez le travail de Roger Lemoyne sur son site internet et dans un autre genre, un portofolios….

Paris capitale de la photographie chez Hazan

Petit coup d’oeil du week end si cela vous dit : Paris capitale de la photographie chez Hazan, un livre de photographie sur la ville éternelle, celle qui a vu les débuts de la photographies et qui lui rend hommage comme elle peut. Découpé en 6 périodes. 

 

Les pionniers, les incunables de 1839-1850 parmi lesquels on retrouve des figures emblématiques telles qu’Hippolyte Bayard, Louis-Jacques Mandé Daguerre, Henri le Secq, Charles Nègre, William Henry Fox Talbot et quelques autres….
C’est le début de la photographie et de grands hommes sont là pour capturer ces quelques vues de la ville, on retrouve par exemple des vues de Montmartre et de ses moulins prises par Bayard en 1842, tout à fait étonnant en tout cas. La seine et paris, le Louvre et la conciergerie, les barricades de 1848 ou encore des ouvriers au repos par Charles Nègre, le stryge 
de 1851 à 1870, c’est le début de l’industrie avec le négatif au collodion sur verre, les tirages sur papier albuminé.
On commence notre voyage avec les tirages de Gustave le Gray qui immortalise la seine avec le Pont des Arts, le Pont-Royal dans cette sépulturale netteté et fixation du temps si caractéristique; Baldus nous montre la tour saint Jacques dans sa nudité la plus totale mais aussi le Panthéon, la Patrie reconnaissante; apercevez également le marché des Halles détruit en 1971 et immortalisé par Jean-Claude Gautrand avec l’église saint eustache tout en respiration.
On entre aperçoit l’étendue de Paris  avec les frères Bisson à travers une vision perchée depuis Notre Dame. Charles Marville nous montre quand à lui les rues désertes de paris, des rues qui pour certaines ont disparu ou ne sont évidemment plus reconnaissables… La photographie de la place Saint-André des Arts est également sublime avec ses publicités d’un autre âge, la Place de la Bourse n’a que peu changé si l’on ose dire, la classe reste sa caractéristique principale, les petites ruelles en apprenne sur la ville et sa métamorphose. Avec Adolphe Braun , on se retrouve sur l’île de la cité, des gens qui regardent par dessus le parapet, comme aujourd’hui, une histoire qui se répète dans ses gestes quotidiens, la rue de Rivoli n’a guère changée depuis 1855 et les égouts de Nadar rappellent étrangement les bouches du Métro. Par contre les catacombes ne sont plus ou seulement quelques entrées cachées. C’est Disdéri qui nous montre les cadavres d’insurgés de la Commune, on est en 1871, il est temps de changer d’époque…
De 1871 à 1918, on est en route vers l’art moderne c’est la poésie de Notre -Dame qui ressurgit en 1908 avec Alvin Langdon Coburn mais c’est aussi et notamment le remarquable travail mené par Alfred Stieglitz; on peut lire ces quelques mots de Paul Strand : “ceux qui considéraient la photographie comme un médium d’expression cherchaient pour la plupart à transformer l’appareil en pinceau, en crayon, en je ne sais quoi, en tout sauf ce qu’il est c’est à dire une machine“.
On entre aperçoit également une gare parisienne avec Otto et puis c’est la valse des immortalisations que va effectuer un peu partout dans Paris et aux alentours Eugène Atget, il va immortaliser le Paris d’antan pour notre plus grand bonheur, il ne tient qu’à voir la photographie Marchande de Cresson , a   venue des gobelins pour comprendre ce que l’on manquerait; il fera les ruelles, les café célèbre et moins célèbre, des nus, la photographie intitulé Bitumiers évoquent un peu caillebotte et la maison du Bon-marché les quelques mannequins d’alors.
De 1919 à 1939 il s’agit du Paris des étrangers avec pour immortaliser les plus grand noms de la photo, pour la plupart connus de vous, de nous, du monde, ils ont rayonné jusqu’à nous, le matériel évolue, le cadrage et la manière de voir également. On retrouve aux prises avec Paris des personnages mythiques maintenant tel qu’André Kertesz et son Au jardin des Tuileries, Place de la Concorde, Rue Vavin, Rue du Château qui évoque un peu des passages de l’étrangleur de Jacques Tardi.
Il y a également les infractions, les surimpressions de Moshé Raviv-Vorobeichic, Tabard et ses négatif/positif, Germaine Krull et son sens de l’organisation, de l’urbanisation avec évidemment des géants comme Henri Cartier-Bresson, les natures mortes; les affiches déchirés de Wols; l’incontournable Man ray et son Château Tremblant, non évocateur au combien, la superbe 29, rue d’Astord de Dora Maar et bien entendu, on ne pouvait pas l’oublier Brassaï avec par exemple cette superbe photographie intitulé le lévrier afghan Kazbeck De Picasso dans l’atelier de la rue des Grands-augustins. Vous l’aurez compris, cette période est riche en rebondissement et regorge de ses talents que l’on ne voudraient plus quitter…
de 1940 à 1970 c’est la ville comme elle va. C’est la fin de la guerre, outre atlantique, c’est Eugene Smith et chez nous cela commence avec quelques photographies de Robert Frankdes années d’après guerre (1950).
Il est actuellement au jeu de Paume avec les Américains publié en 1958 dont on retrouve d’ailleurs quelques oeuvres. Willy Ronis immortalise les pavés et les situations tel ce vitrier de Ménilmontant, photographie prise en 1948 ou encore Robert Doisneau avec Canal Saint-denis en 1969, la glace s’effrite sous le poids des péniches et quelques photos d’izis, le métro aérien pointe déjà son nez boulevard Rochechouart, on est en 1947…
La publicité aux bouches de Métro par Robert Doisneau ou Marguerite Duras en terrasse… toujours Henri Cartier-Bresson qui continue son périple de Paris, arpentant le bitume et bien d’autres… comme William Klein et sa sublime Dorothy McGowan ou al superbe photographie de la Rue saint Jacques en mai 1968 de Gilles Caron
Pour terminer, de 1971 à 1998 les métamorphoses de la vision avec un paris plus urbain, plus déconstructuré tel cette photographie de Marc Petitjean Rue Beaubourg où celle de Thomas Struth intitulée Beaugrenelle 1979 mais pour tout vous dire, je ne suis pas super fan de cette dernière partie qui me semble un peu manquée et bâclée, trop rapide et succincte… on ne peut pas tout réussir de A à Z… 
Il n’en demeure, voilà, vous l’aurez compris, que ce livre Paris capitale de la photographie chez Hazan est un petit bijou qui vous permettra de (re)visiter la capitale éternelle qui reste magnifique et quelque peu magique…
Dans cet esprit, partez à la découverte de Paris, capitale photographique 1920-1940 qui est en ce moment au Jeu de paume, à l’hotel de Sully

“Entre parenthèses” regards sur l’univers carcéral par Klavdij Sluban

L’espace clos qu’est celui de l’univers carcéral est un monde confiné qu’explore de manière inattendu Klavdij Sluban
Pendant des années, dans les centres de jeunes détenus de l’ex-Union soviétique ou de Serbie, Sluban a reconstitué ce qu’il avait créé avec succès en France : un atelier où il révèle aux prisonniers la magie de la photographie. Avec patience et compétence, il a montré à ces exclus du monde comment ils pouvaient prendre possession de cet univers carcéral et se l’approprier, au moins visuellement, pendant la durée de leur détention. Sluban ne porte aucun jugement sur ceux qui sont ses élèves plus que des prisonniers. Il ignore la nature de la faute. Il se contente d’assister ces jeunes délinquants dans une démarche qui les passionne et de photographier à son tour ces lieux et ces visages qu’il côtoie depuis dix ans. Cet apprentissage de l’image se fait en noir et blanc. Car le gris est la couleur de la prison. C’est aussi la couleur qu’affectionne Sluban dans ses travaux personnels ici présentés. Un gris que perce parfois un rayon de lumière, comme le signe avant-coureur d’une libération, comme le seul remède au désespoir“.
En effet il explore les centres de détentions peuplés des jeunes délinquants et découvre à travers leurs yeux, à travers les limites de ces lieux, l’espace qui les contient, ce qui en fait des lieux de perdition aussi peut être… Il n’est pas là pour savoir ce que l’un ou l’autre a fait comme il le rappelle, le pourquoi de cette condamnation, de cet enfermement ni non plus sur les conséquences ou les implications; il pose juste un regard sur leur appréhension de cet espace fermé. Il est dans la recherche, d’une quête d’une espèce de définition de cet espace dans lequel des hommes évoluent dans un autre état, sous une autre forme, privé de LA liberté, cet élément prépondérant qui nous caractérise au sein de la société, ou du moins en partie. 
La photographie et le regard de l’autre, de soi sur soi, sur l’autre, c’est ce qui l’intéresse avant tout. 
Ces lieux sont souvent gris, noirs, sans vie propres, lieu de perdition qui ne permettra évidemment aucune évolution, changement, un monde clos, réplique à l’identique mais en pire du monde d’où vienne la plupart de ces délinquants. Les conditions de vie sont difficiles, on le sent, on le voit, on ne saura vraiment jamais car là n’est pas le but mais la neige s’étale immense et immaculée, la buée des vitres rend les apparitions difficiles, les assiettes font plutôt penser à des écuelles, des auges pour animaux. Quand aux chambres, ce sont souvent sont des zones de non droit ou de non vie dans lesquelles la souffrance se lit sur les murs, par le dénuement le plus total et seul le soleil resplendit certains jours et permet de donner un peu d’espoir où peut être la chaleur. La promiscuité de la douche, des couloirs est infinie. 
En tout cas, ce petit livre de poche nous emmènent dans un univers que l’on ne voit guère et qui existait il n’y a pas si longtemps les photos s’étalent de 1998 à 2004, des conditions de vie qui doivent probablement être similaire aujourd’hui.
Trouver d’autres alternatives à l’emprisonnement, à l’enfermement, tel est un des chantiers de l’avenir, de nos sociétés car on doute du bien fondé de l’acte même s’il est vrai que les autres pistes qui s’offrent à nous ne sont pas toute satisfaisantes, loin de là que cela soit pour la société, les victimes,… tout cela n’est pas satisfaisant
Aussi, en attendant un nouveau Beccaria prenez le temps de vous imprégner de ces moments, de ce travail que Klavdij Sluban, un photographe qui a a effectué avec ces jeunes un sacré travail et leur a sans doute fait découvrir une autre partie d’eux mêmes… Il faudrait que l’un de ces jours je relise Surveiller et Punir de Foucault, cela ne me ferait pas de mal je crois….

Stigma et l’écriture de la vie (le désir du monde) d’Antoine d’Agata

Cela fais longtemps maintenant que Mala Noche n’est plus, que la descente dans l’enfer de la nuit s’est prolongée et l’on ne sait où elle se terminera d’ailleurs, enfin si.

Avec Stigma (2004), Antoine d’Agata nous emmènes dans un monde, dans son monde, celui de la nuit, celui du trash, de la solitude, des arrières salles, des nuits d’hôtels noires, sûrement très sordides à nos yeux mais voulues, recherchées. C’est aussi un moment de création, de visions nocturnes; un moment où il devient lui et ou il est dans son élément car ces nuits là, elles sont toutes à lui.
Avec Stigma, on se retrouve face à des images d’une rare violence pour ceux qui ne s’y attendent pas, c’est une partie de sa vie qui s’écoule devant nous car sa photographie est depuis le départ l’autobiographie de sa vie. Pas le choix de reculer ou de ne pas tourner les pages de cette vie, synonyme à la fois de création et de destruction. En effet, c’est ce qui ressort de la lecture du livre d’entretien l’écriture de la vie (le désir du monde) entre Antoine d’Agata et Christine Delory-Momberger. Une “fuite” en avant depuis 17 ans, il en a maintenant 47 vers la fin sans doute, celle qu’il a choisit, celle vers laquelle il se dirige de manière inéluctable, presque invraisemblable. Cette fin annoncée vers laquelle il tend, cette fin qui s’annonce aussi avec le minimalisme vers lequel il se dirige dans on oeuvre; il condense sa création en ces instants de jouissance, de plaisir arrachés à la nuit. 
Difficile de résumer ce livre d’entretien, ce serait par là incomplet. Aussi, lisez plutôt pour essayer de voir, de comprendre sa démarche
Elle est certes un peu égocentrique si l’on peut dire, centré sur lui au détriment des autres, des putes aussi me semble t-il ou presque mais c’est une volonté qui semble être propre à son choix de vie, à ses envies, ce recroquevillement progressif sur lui, sur soi au fil des ans, cette absence de compromis. Cette volonté de ne pas revenir en arrière d’aller au bout de soi, d’aller au-delà des limites du monde et s’enfouir dans la nuit à jamais. Il y a des références, des chemins qui se suivent, ceux de Bukowski, de Burroughs, de Bataille sûrement, de Michaux dans leurs expériences. Car l’artiste va vers des gouffres où l’on ne voudraient aller, dans cette nuit noire, cette nuit qu’il a apprivoisée depuis maintenant quelques décennies et dont il connaît un peu les codes, les us, les coutumes. 
Il n’y a pas de limites autres que celles propres à la mort, elle clôturera ainsi son oeuvre, étant allé au bout de soi, il me semble qu’il n’y a pas de retour pour lui, cela serait être contre l’oeuvre, contre sa vie. 

Il y a beaucoup de points qui pourraient être débattus, sur lesquels je ne suis évidemment pas d’accord mais je n’ai pas envie d’aller dans ce sens, d’aller contre ce choix qui est le sien, parfois il y a des silences, des ombres, des flous qui en disent beaucoup.
Un autre chemin reste sans doute possible !
Un extrait de Stigma : “C’est la Rue, celle de tout à l’heure, qui vient là se finir. Le 23/24 c’est l’arrière-salle de la Rue, la dernière jetée, la sortie de bordel : les fins d’après-midi, on y rencontre les filles qui tiennent la Rue depuis le petit matin, avant trois-quatre heures, ce sont les filles qui travaillent pour les sorties de bureau, à cette heure-ci, la plus déchaînée, ce sont les survivantes exténuées du fin fond de la nuit. Et ici elles peuvent envoyer chier d’un seul geste le client collant, en retard d’une passe, d’une rue, d’une guerre. L’heure a tournée majicon : plus question de tarifer le temps par petites demi-heures bâclées. Le Vingt-trois heures sur vingt-quatre n’a pas de toit pour qu’elles puissent attendre l’infini montée du matin contre l’épaule d’un boyfriend défoncé à tout et à n’importe quoi (mais de préférence à tout). Ici, c’est-à-dire loin, sur les hauteurs de la ville, ignorés de tous. A ciel ouvert, la nuit peut se crever.
Pour aller plus loin, le site de Magnum et celui de documents d’artistes 

Joel Meyerowitz et son oeuvre : quelques pistes….

null

Lecture d’un petit bouquin sur Joel Meyerowitz qui revient lui, cet après-midi de travail avec Robert Frank puis cette décision de se consacrer à la photographie, de pouvoir humer l’air de la rue, encouragée en cela par Harry Gordon son patron d’alors qui viendra à la peinture quelques mois après le passage à la photographie de Joel Meyerowitz, cet appareil qu’il lui prête puis surtout le don de The Americans, le bouquin de Robert Frank.

A partir de ces éléments, Joel Meyerowitz se construit et par à la conquête de l’image, de ses images et l’on peut voir dans sa production, dans ce petit opuscule une partie de son travail, de son cheminement, de ses essais aussi.
je vous conseille très vivement la lecture de ce petit livre chez Phaidon, ultra abordable (5,67€….), il a le mérite de dresser une portrait assez bine fait de l’homme, de son histoire et de raconter les photographies présentées, leur genèse; souvent on est instinctivement mis sur la voie mais l’explication permet également d’avoir quelques éléments propres à la période, au lieu voir à l’appareil utilisé où à la volonté du photographe en cet instant précis; c’est toujours avec une humilité déconcertante qu’il raconte, sans fioriture et c’est un réel plaisir que de l’accompagner dans ces visions de la rue, de l’époque qu’il embrasse de manière assez élégante et de voir dans quelques cas les jeux de scènes dans la photographie, le hasard aussi qui siège comme ami veilleur sur les photographes. Il serait dommage de ne sélectionner que quelques unes des photographies, le mieux étant de vous procurer cet ouvrage qui ne pourra que vous ravir…

Retour sur une oeuvre qui continue d’être aujourd’hui alimentée avec comme vous avez pu le voir un projet sur Ground Zero, les dessous du 11 septembre et puis maintenant, un travail sur l’eau et l’air: “Inspired by watching Olympic divers from an underground viewing room, Meyerowitz’s work examines the physical relationships between the Elements, and visually articulates the phenomena of one Element’s distinction from the rest”. Il continuera son exploration avec les couples feu/terre et terre/eau.

EN tout cas, les photographies et la vidéo accessible depuis son site Internet donne envie; les photographies permettant de se perdre dans les délices de l’envers du décor, entre calme et volupté, la beauté simple du monde de l’eau, cette effervescence, ce déséquilibre causé par la rencontre du plongeur et de l’élément, cette eau enfermée pour quelques instants qui veut se libérer et le calme plat, celui de l’après combat…

null

null

null

D’ailleurs pour ceux qui ont la chance d’être à San francisco, il est exposé à la Robert Koch gallery jusqu’au 1er novembre 2008
Robert Koch gallery
49 geary Street – 5th Floor
San francisco, CA 94108

The Roma Journeys [ Le Romané phirimàta ] de Cia Rinne et Joakim Eskildsen

Un superbe livre que je vous conseille vivement.

Découvert grâce à Purpose n°7 et sur Paris Photographie voilà qu’après avoir vu une petite partie du livre, le livre dans son entier est venu jusqu’à moi et quel livre… Un périple à travers laHongrie, l’Inde, la Grèce, la Roumanie, la France, la Russie et la Finlande pour nous compter l’histoire des Roms, des gitans, de ce peuple. Un voyage de 7 ans mené par Cia Rinne (les textes) et Joakim Eskildsen (les photographies) : “Between 2000 and 2006 I together with writer Cia Rinne undertook travels in seven different countries with a view to gaining an insight into the life of the Roma and the conditions they face. We always tried to spend a considerable length of time among the people whom we wanted to learn about and, if possible, to live with them for a while“.


Une belle préface de Gunter Grass qui revient sur le racisme subit par les Roms, leur persécution sous le régime nazi et leur mise à l’écart systématique. C’est d’ailleurs dans ce sesn qu’il indique : “Whether it be here in Germany, in Lithuania, in the Czech Republic, or Slovakia – many Roma simply do not dare to reveal their backgrounds. Experience has taught them of the injuries they and their families can be subjected to once they have been identified – chich means registred“.

Un petit article dans le monde diplomatique d’avril 2008 et anne cécile Robert d’écrire : “Les Tziganes seraient vingt millions en Europe, même si le recensement est difficile. Les photographies donnent à voir les visages, souvent marqués par la pauvreté, mais aussi les modes de vie construits sur une persistante relégation sociale. Dans son propos introductif, l’écrivain allemandGünter Grass rappelle les discriminations dont souffrent les Roms un peu partout en Europe, notamment en raison de leur nomadisme “.

De sublimes photographies à vous couper le souffle pour certaines, segmenté par Pays, en série, le noir et blanc puis la couleur pour découper ces vies d’exilés mais pas seulement non plus.



En tout cas, un livre à découvrir, à offrir pour en savoir plus sur ce peuple.

Sur Amazon, le livre The Roma Journeys ou chez Steidl, à vous de voir….

Le Pavillon Baltard, des Halles de Paris à Nogent-sur-Marne de Jean-Claude Gautrand




Partir avec Jean-Claude Gautrand à la découverte du pavillon Baltard est une joie qu’il est important de pouvoir partager et c’est ce qui a été fait avec ce superbe livres aux éditions Idelle.

Découpé en trois phases, le livre montre les Halles prises en photographie au moment de leur destruction en 1971 malgré les différentes controverses qui firent débat à l’époque, le sauvetage in extremis du pavillon Baltard n°8 du fait de l’initiative d’un groupe d’américains menés par le banquier d’affaires Orrin Hein. Grâce à son initiative et surtout au différents relais qu’il pu avoir dans la presse en partant du Herald Tribune avec un titre évocateur qui paraît le 5 juin 1971 : “Sursis pour les Halles ? La tentative de la dernière heure” écho qui sera repris par l’Aurore, l’Humanité et même le Canard enchaîné puis relayé à travers une interview à la télévision l’Etat s’est enfin réveillé et le pavillon n° 8 a pu être épargné. Le pavillon Baltard sera remonté pièce par pièce sur les bords de marne, à Nogent où en surplomb il domine et reprend goût à la vie depuis 1976.

Une histoire métallique qu’il convient d’appréhender et de sentir qui permet de nous faire revivre un peu de ce passé magique d’un Paris perdu. Ces pavillons qui avaient abrités des espaces culturels où ont les hommes et femmes d’alors ont pu profiter de théâtre, de cirque, d’expositions en partant de Picasso, Nikki de Saint Phalle ou des concerts avec par exemple Sun Ra ou des représentations comme Béjart par exemple.

Diamond matters (From the mines to the jet-set) de Kadir van Lohuizen

Un très beau photo-reportage qui nous emmène sur les rives des carrières minières de République Démocratique du Congo, en Angola et au Sierra Leone pour ensuite nous plonger dans Anvers et puis à Surat en Inde et à New York bien entendu.

Découpé chronologiquement par rapport au cheminement du diamant, on peut suivre les différentes étapes de la transformation de la pierre, de son extraction dans des conditions pénibles, sans aucune garanties que celles de trouver la pierre du bonheur, on aurait pu dire la “pépite”, car c’est bien l’équivalent de la conquête de l’ouest pour l’or avec son exploitation humaine à outrance. Bien qu’il y ait eu quelques accords pour améliorer les conditions de travail avec le Kimberley Process, j’ai quand même quelques doutes…

Récemment, un film abordait cet aspect, Blood Diamond.

We work here in the Chingulumine, but we come from Dundo. We work seven days a week, but live here in a camp. They only give us food, but if anything’s found, we get part of the proceeds. A week we found a carat“.

On notera que pour qu’un diamant soit tout à fait pur, il faut qu’il respecte ce qu’ils entendant par les 4 c’s : “colour, carat, clarity and cut“. En fait, c’est 4 étapes nécessaires permettent de déterminer la valeur de la pierre. Ensuite, on apprend que les diamants étaient initialement trouvés en Inde et ramenés par bateau àLisbonne et de là étaient pris en charge par des juifs séfarades, membre de la guilde des diamantaires. Les diamants étaient utilisés pour des prêts et en 1920, le centre névralgique pour les diamants étaitAmsterdam. Ensuite, ce sera Anvers en Belgique qui est toujours le centre et si avant les diamants étaient traités par à Anvers, c’est maintenant à Surat en Inde que les pierres sont envoyées pour être polies…, question de coût évidemment 50$ le mois, les plus gros diamants, supérieur à 10 carats (1 carat = 0,2 grammes) étant traités àNew York…

Avant tout, un très bel opus que ce livre de petit format, carré, avec des photographies qui pour certaines se déplient lorsque cela s’avère nécessaire.

C’est toujours chez Filigranes….

Soft machines de Richard Dumas et Philippe Garnier


Voilà un petit livre surprenant sur un phénomène qui je crois prend de l’ampleur ces dernières années. Au départ, j’avais cru qu’il s’agissait simplement de mannequins qui étaient pris en photographies et que cela avait fait l’objet d’une exposition. Il n’en est rien. En fait, il s’agit de poupées en silicone plus vraie que nature ou si vous voulez une vision plus réaliste : les poupées du sexe.

On apprend dans la préface que : “Matt McMullen, l’ancien hard-rocker de 33 ans, créateur des molles et souples Real Dolls (Rolls Royce de la poupée sexe), prétend sculpter ses poupées « de tête » d’après ses vieilles lectures de Playboy, notion assez effrayante quand on le voit au milieu de son ossuaire classé X et des quartiers de femmes suspendus à leurs chaînes. Son œil fixe de boucher-surfer est encore plus froid que le leur. La réalité, quand on va la constater à l’atelier de San Marcos (Californie du sud) où se fabriquent les poupées de rêve, est nettement plus pot-au-feu. C’est la femme de McMullen qui habille les poupées en lingerie trash avant de les asseoir dans leurs coffres d’emballage en bois (genre chiottes portables). La belle-sœur, une aspirante actrice nommée Shelly Couture, s’occupe du marketing, des ventes, et du baby-sitting

Voilà, quelques photographies sur ce petit opus et l’on apprend que ces poupées sont assez chère à l’achat (plus de 6 000 €), que l’on peut commander pratiquement tous lesstyles et une indication de toute première importance : ” les poils pubiens sont plantés à la main, un par un, et on peu commander sa Doll avec la chatte nature, “string”, ou rasée.” C’est pas beau la vie… Ou s’arrête le progrès, je vous le demande…

Les quelques photographies présentées sont ultra réalistes, c’est impressionnant ce mimétisme avec l’humain, on s’en approche petit à petit, étonnant de vérité et de réalisme en tout cas. J’avais vu un film dans le genre il y a longtemps mais je n’arrive plus à mettre la main dessus, ni le titre d’ailleurs donc si vous avez quelques pistes, je suis preneur, une sorte de femmesilicone, dans un monde un peu futuriste…

Il semblerait que les afficionados commande souvent plus d’une Doll. cependant, un problème de taille se pose, une doll, à l’inverse d’une amante est toujours là, elle est votre quotidien et on ne peut pas vraiment la ranger où la remiser, eh oui elle pèse quand même entre 50 et 65 kilos, cela n’est pas rien… Aussi, plusieurs solutions sont envisageables fonction notamment de sa capacité à assumer le fait d’avoir un ou plusieursdolls à la maison. Comment la ou les dolls sont-elles vu par Madame est également un point à débattre…

Alors voilà, amusant de voir cela en photographie, autrement inquiétant de voir qu’il y a un réel marché pour ce type de jouet plutôt évolué… où va le monde…

Quelques sites sur les Dolls et comment s’en procurer : Doll Story, Mechadoll et bien entendu la rolls de la Doll : Real Doll

Et puis si vous voulez voir quelques photos et le commander, c’est sur le site des Editions Filigranes

Pérou, chemins perdus de Juan Manuel Castro Prieto

C’est en 1990 que Juan Manuel Castro Prieto part à la découverte du Pérou de ses rêves, qui depuis son enfance l’attendait. Son modèle, c’est Martin Chambi un photographe indien aymara du début du siècle qui a immortalisé les indiens dans son studio de Cuzco. Dans sa première embardée là-bas il va aller faire des tirages des plaques photographiques laissées par Chambi, un grand bonheur pour lui et il emporte pour se faire son dernier stock de papier “Record rapid” , un papier au chlorure de bromure qui semble être considéré pour un des très très bon papier mais qui ne se fait plus.

Il repartira là-bas plusiseurs fois et notamment en 1997 avec Alejandro Castellote qui fait la magnifique préface du livre Pérou, chemins perdus en nous faisant un petit peu “Vivre l’expérience latino-américaine – comme Alavaro Mutis la nomme – [qui] est la clef qui permet de comprendre”. C’est notamment qu’”après avoir voyagé dans un pays d’Amérique latine, le réalisme magique, ou le surréalisme, conserve son pouvoir de fascination, mais le voyageur dispose désormais d’éléments mettant en rapport la magie avec le quotidien : il découvre que ce qui est authentiquement fascinant, c’est la simplicité avec laquelle les habitants assument et gèrent ce qui échappe à leur entendement. L’idée que la fatalité est l’un deséléments-clefs des destinées individuelles, nous la partageons aussi, nous autres catholiques, bien qu’elle soit en parfaite contradiction avec la philosophie individualiste dessociétés occidentales. Et c’est une différence de taille. une bonne partie des déséquilibres ressentis par le touriste occidental lors de son séjour en Amérique latine est la distance colossale qui sépare sa vision rationnelle du monde de celle des natifs.

Partez à la découverte de leur périple, de leurs rencontres, des histoires merveilleuses et fantastiques de “l’oncle” Oscar Arce, de la vision très personnelle de Juan Manuel Castro Prieto du Pérou et de la manière qu’il a de prendre ses photographies, de suspendre le temps et même parfois de faire un retour en arrière,  de figer l’absolu en l’espace de quelques secondes.

En tout cas, profitez de la visite en ligne proposée par Juan Manuel Castro Prieto avant de vous procurer son très beau livre

Mirages et solitudes de Gérard Macé

Partez à la découverte de l’univers de Gérard Macé. Il parcourt les villes de son pas et chemin faisant, il glane de ci de là des moments et les associent à des réflexions personnelles pertinentes. Un regard sur le monde proche qui nous entoure qui sort de l’ordinaire. A regarder rapidement ces photographies anodines, vous n’y trouverez apriori que peu de choses; c’est un peu le paradoxe de la composition du livre. Un premier passage rapide peut être puis on tombe sur les légendes qui accompagnent quelques unes des photographies et alors, là s’ouvre un autre monde plus dense et plus personnel mais également ouvert sur le monde et sur la vie.

Il faut prendre le temps de regarder, d’humer les textes et les images qui déjà d’un autre temps ne sont plus. Mirages photographie d’un instant T qui disparaît à jamais mais qui est figé dans la mémoire de la photographie, dans celle de notre esprit aussi qui reconstruit son histoire à travers lemedium, qui en recompose certaines bribes du moins.

Une réflexion sur la condition de mannequin, des ces êtres parfois presque humain qui compose notre quotidien pour nous renvoyer une image presque parfaite de nous : s« Ni chair ni poisson, les mannequins sont les derniers avatars des sirènes, qui flottent entre deux eaux dans les transparences et les reflets de nos vitrines. Ahuries de se retrouver dans nos villes, soumises aux caprices de la mode qui leur rend une apparence humaine, mais qui annonce peut-être la fin de leur adolescence millénaire. Parfois sans visage et sans bras, elles se déguisent aussi en bustes de couturière, mais je préfère des mannequins plus complets, des effigies moins tronquées, en un mot des figures plus aguichantes, dont le réalisme qui n’omet aucun détail est si troublant quand elles sont nues, car leur corps sans défaut est lisse entre leurs jambes, comme si les sirènes sorties de l’eau avaient retrouvé tous les attributs de la féminité, sauf un.»

Une autre sur la condition de la femme avec cette photographie prise en 2002 au Yemen, à Sanaa : “A défaut de la femme, c’est la ville elle-même qui exhibe son corps et ses parures, qui séduit le passant, fait miroiter des promesses qu’elles ne peut pas tenir, de même que tout Européen éveille des rêves de partance dans le coeur des jeunes filles, dont elles doivent aussitôt faire leur deuil. On se frôle, on s’effleure, on se croise du regard et l’on essaie d’éviter la frustration, car la tradition nous enchaîne avec des anneaux invisibles, aussi sûrement qu’avec des bracelets de cheville

Ici, le texte parle de lui-même : “Etait-il encore vivant cet homme enroulé dans un rideau, comme d’autres dans leurs rêves ou dans leurs draps ? Le visage creusé par la fatigue, l’ivresse ou la drogue, il donnait l’impression d’avoir fabriqué son propre reliquaire ou d’avoir tissé une chrysalide pour renaître en momie inca comme celle qu’on promenait une fois par an dans la capitale, le visage recouvert d’or. C’est quand j’ai vu sa poitrine se soulever légèrement que j’ai pu arrêter ma propre respiration, pour appuyer sur le déclencheur“.

Enfin une réflexion sur les apparences parfois trompeuses, parfois vivantes et mouvantes égalemnt, un deuxième ou xième monde qui s’offre à notre regard : “Le poète anglais W.H Auden en fait la remarque dans ses Essais critiques : “Reflétés dans un miroir, une pièce ou un paysage semblent plus solidement installés dans l’espace que si on les regarde directement”. La raison en est simple : c’est que le monde des miroirs est incorruptible, car on ne peut ni le souiller ni le saccager, encore moins sauter dedans à pieds joints. Dans l’univers de nos villes, les reflets innombrables ajoutent encore à la complexité du réel, d’autant que les parois de verre et les miroirs ont pris des aspects imprévisibles. Il leur arrive même d’épouser la courbure de la terre : c’est ainsi qu’àBarcelone, sous l’auvent d’un immeuble neuf, en bord de mer, j’ai eu l’impression en levant les yeux de voir marcher les hommes des antipodes, étonné comme toujours qu’ils n’aient pas la tête en bas

Voilà, une invitation à la lecture du texte et des photographies de Gérard Macé

Plus de détails sur la biographie de Gérard Macé sur le site Internet des éditions Le temps qu’il fait