© Guy Tillim
Johannesborg, au coeur de l’Afrique du sud nous renvoie une image assez délabrée d’elle-même. A voir les photographies de Guy Tillim sur sa ville natale, on voit les inégalités sociales, les ravages de la pauvreté et probablement les reste de l’apartheid. Ces immeubles de béton qui regorgent de chambres, de piaules dénudées, sans rien. Seule une chaîne retient la porte complètement destructurée; des hommes, des femmes, des familles vivaient là jusqu’à il y a peu.
Ces tours insalubres sont un peu ce qu’il reste de cette période honnie, en attente d’autres choses, d’une autre vie… Guy Tillim raconte : “Les Blancs ont fui le centre de Johannesburg dans les années 1990 : l’abrogation des lois discriminatoires annonçait l’afflux vers les villes des Noirs et des petites gens rêvant d’une vie meilleure. Les anciens habitants avaient prédit une apocalypse – le pillage de leur ville et le chaos absolu. Leur prophétie se réalisa, et fut confirmée par moult témoignages et statistiques. Actrices centrales de cette révolution, les tours, occupées par des locataires qui géraient les bâtiments selon leurs propres règles, sont peu à peu devenues des microcosmes anarchiques. Devant l’absence totale d’autorité morale, nous assistâmes alors à la décadence de Johannesburg. Les fenêtres brisées ne furent jamais remplacées, les cages d’ascenseur se transformèrent en vide-ordures. L’avenir nous dira si Johannesburg est vouée à devenir, à nouveau, une ville de l’exclusion“.
© Guy Tillim
Vous pouvez avoir accès à l’ensemble de la série de photographies sur le site de Michael Stevenson pour Jo’Burg
Avenue Patrice Lumumba (2008)
© Guy Tillim
Il faut plus y voir même si ce n’était pas le but recherché au départ une sorte de documentaire, sur en quelque sorte la faillite des pays africains. Que cela soit autour de la région des grands lacs du fait de raisons multiples et notamment les guerres successives qui ont eu lieu ou également à des raisons plus endémiques, on s’aperçoit de la faillite d’un système, de celui des aides octroyées, des difficultés qui pèsent sur les pays pour rembourser celle-ci et de la déliquescence des institutions, des administrations. C’est un grand malheur que de voir cela, on peut se poser la question à la vue de ces photos, certes, circonstanciées à quelques endroits, pays, régions ce qui est mis en place… Nous sommes quand même dans de grandes villes. On en viendrait presque à se demander dans quelle mesure une assistance n’est-elle pas encore nécessaire de la part des pays occidentaux. Il est indéniable qu’il y a quelques difficultés pour ses pays à se relever, à respirer par eux-mêmes.
C’est assez flagrant lorsque que l’on regarde ses pièces complètement délabrées, cette absence complète de matériaux, de structures pour que les fonctionnaires ou tout autre personne d’ailleurs puisse effectuer leur travail. on dirait qu’un siècle ait passé sans que l’on fasse quoique ce soit, que le temps ait grignoté de manière insidieuse les pièces. Regardez là cette homme qui s’affaire studieux dans des conditions précaires… et ici un stock d’archives qui sont en passe de disparaître quoique… enfin un sentiment d’abandon et d’absence de prise en main de la situation ressort de ses photographies qui au final ne sont certes pas extravagantes plutôt une sorte de vision de quelques instants de cette Afrique si loin de nous et qui a certainement besoin d’un soutien plus soutenu et différent d’antan.
Guy Tillim nous parle avec le titre de l’exposition de Patrice Lumumba, on est alors reparti au temps de la colonisation belge et du discours de ce dernier en 1960, il sera un des premiers chef d’état élus en Afrique mais pour si peux de temps assassiné qu’il sera … “Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres… Nous avons connu nos terres spoliées au nom de textes prétendument légaux, qui ne faisaient que reconnaître le droit du plus fort”.
C’est étonnant de voir, réparti dans tous ces pays d’Afrique (épublique Démocratique du Congo, le Mozambique, Madagascar, le Bénin, le Ghana, l’Angola) cette avenue Lumumba, souvenir d’un rêve d’Afrique qui reste en suspens, dans l’attente d’autres choses, de solutions et même si au départ ce n’est pas l’effondrement de ses états africains que Guy Tillim a voulu montré, il n’en demeure pas moins que c’est l’explosion de ses États qui frappent avec ses photos. Cette errance au fil des capitales, des rue et des avenues montre le désarroi de l’Afrique et la presque indifférence occidentale de cet état de fait…
Guy Tillim indique encore: “La terre où je suis né m’est devenue étrangère à mesure que je la découvrais. Le désir de photographier cette scène est moins lié à la volonté d’en poser le décor que de m’y situer moi-même.”
© Guy Tillim
Pour ceux qui seraient intéressés, c’est jusqu’au 19 avril 2009 donc vous avez encore un peu de temps…
En complément, je vous conseille très vivement de lire, sur l’Afrique du sud Zulu, un polar de Caril Ferey qui fait froid dans le dos et qui pose quelques interrogations….
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